Ecole des HEC-DEEP
Thèse de doctorat en
Sciences Economiques mention
"économie politique"
Laurent Cretegny
La réforme de la politique agricole suisse
Une approche par la multifonctionnalité de l'agriculture en équilibre
général
Directeur : Aurelio Mattei
Imprimatur : novembre 2001
Résumé
La réforme de la politique agricole suisse
se fonde sur le double mandat de l'agriculture inscrit dans la Constitution
fédérale depuis 1996. Il s'agit pour l'agriculture d'être
compétitive et de fournir des prestations d'intérêt général
axées sur la durabilité. La stratégie, mise en place pour
atteindre cet objectif, consiste à séparer la politique des prix
de celle des revenus. La production de denrées alimentaires est désormais
régie par le marché, alors que des paiements directs non liés
au produit rétribuent les prestations sans valeur marchande. Ce caractère
multifonctionnel de l'agriculture est modélisé par le biais d'un
bien public produit conjointement au bien agricole. La modélisation explicite
des instruments de politique agricole permet, entre autres, d'attribuer aux
ménages les rentes à la production et à l'importation.
En intégrant ces éléments dans un modèle d'équilibre
général calculable, il est alors possible d'analyser l'impact
de la réforme agricole sur le bien-être des consommateurs ruraux
et urbains. Les simulations effectuées montrent que l'objectif de la
réforme agricole est clairement atteint. En effet, la rémunération
des prestations d'intérêt public par des paiements directs implique
que le 95\% de la surface agricole utile est, actuellement, exploitée
selon des méthodes particulièrement respectueuses de l'environnement
et de la nature. L'amélioration de la compétitivité de
l'agriculture permet, quant à elle, une diminution des prix agricoles
à la production et à l'importation. La réforme agricole
a un impact positif sur le bien-être de la population. Néanmoins,
les agriculteurs voient leur bien-être diminuer en raison de la baisse,
non compensée, de la rente laitière, provoquée par la réduction
du soutien des prix. Les ménages urbains, quant à eux, profitent
largement de la diminution des subsides et de la libéralisation du commerce
agricole. En fonction de l'orientation de la politique agricole choisie, il
en résulte des gains de bien-être collectifs d'environ 450 millions
de francs. En conclusion, la réforme agricole suisse ouvre de nouvelles
perspectives dans la réconciliation des notions de durabilité
et de compétitivité. Ce travail est une première tentative
de modélisation de ces aspects. Il espère ainsi contribuer aux
débats actuels sur la multifonctionnalité de l'agriculture.